GUILLAUMIN (Armand). Lettre autographe signée adressée à Georges Lecomte, rédigée à Dordrecht le 15 9bre 1903. 3 pages.
Triste lettre rédigée de Dordecht deux jours après la mort de Camille Pissaro et évoquant la fin du groupe impressioniste.
« Mon cher ami,
Malgré que vous m’ayez dispensé de vous écrire, je veux le faire quand même, d’abord les longues soirées m’en donnent le temps, et la pluie vient en aide aux soirées et enfin il faut m’excuser de mon silence qui a fait que vous avez pu vous tourmenter cet été à mon sujet ; il est vrai j’ai été un grand paresseux ; ce n’est pas faute que ma femme ne m’aie dit à peu près tous les jours – écris donc à G. Lecomte – je ne pouvais rien faire cet été, écrire moins que tout autre chose.
Mais mon cher ami pourquoi vous tourmenter pour cette affaire du […] ? malgré tous vos efforts elle ne pourrait pas réussir, il y a trop d’opposants de l’autre côté, et vous devez comprendre ce que Roujon Bénédite s’en moquait, la peinture est peu de choses à leurs yeux, et moi encore moins, qui ne suis pas plus avancé, ou à peu près qu’il y a 20 ans. Ah que ne suis-je seul ; comme tout serait vite fini. Je suis las comme un vieux bidet de 20 ans. Je voudrais pouvoir ne plus rien faire, me retirer en un coin où je ne ferai plus que penser à mes […] amis, mais cela ne m’est pas permis. autre chose – j’ai eu une bien mauvaise idée en venant ici en cette saison. Il pleut deux fois par jour, je trouve tout horrible et tous les gens me disent que j’ai eu tort de venir en cette saison. Je serais et je me demande si je vais pouvoir rester, la vie est peu confortable, les repas du jour sont trop différents de mes habitudes, enfin j’ai beaucoup de peine à m’acclimater et en cette saison, je ne me sens pas capable de résister à temps de différences dans ma vie, enfin je veux encore essayer qq jours.
Et vous ! Dans les courtes minutes que nous avons passé ensemble je n’ai pu vous demander ce que vous aviez fait, si vous avez un instant à me donner écrivez-moi un mot pour me dire à votre tour ce qui vous concerne, mais faites vite car sans cela vous pourriez bien me le dire de vive voix. J’ai interrompu ma lettre pour dîner je ne sais plus où j’en suis, je commence un rhume, il ne me manquait plus que cela pr me finir de troubler. Je viens d’apprendre la fin de Pissarro, quel genre d’opérations lui a t-on fait, à son âge les opérations sont toujours nuisibles, c’est le glas pour notre groupe nous voilà réduit à 4 ou 5, à qui le tour ? Dans quelques années il faudra me préparer si seulement je pouvais m’en aller avec tous les miens cela me laisserait bien indifférent, mais c’est un rêve impossible.
Mon cher ami à bientôt si cela ne va pas je ne risquerai pas plus pr le moment je reviendrai. Compliments à Madame Lecomte mes amitiés à vos enfants. »
Expert :
Nicolas ASVISIO



