Première page d'une lettre autographe signée de D'Entrecasteaux

D’Entrecasteaux, lettre autographe signée à Sa Majesté très fidèle, Lisbonne 1784

Commissaire priseur Drouot NEO Enchères

Gwenola BOVIS

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09 78 80 42 53

Vente aux enchères NEO Enchères à Drouot

Marcos ELIADES

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Quentin CHARRAUDEAU

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Prix d’adjudication

NEO Enchères a présenté lors de sa vente du 10 juillet 2025 une rare lettre autographe signée de D’Entrecasteaux, rédigée à Lisbonne le 24 aoust 1784 sur sept pages. Estimé entre 300 et 500 €, ce document a été vendu 325 € frais inclus.
AuteurD’ENTRECASTEAUX (Jean-Baptiste-Raymond-Joseph-Guillaume-Bruno de Bruny, marquis)
TitreLettre autographe signée à sa majesté très fidèle
LieuLisbonne
Date24 aoust 1784
Pages7 pages
Estimation300 – 500 €
Adjudication (frais inclus)325 €
Date de vente10 juillet 2025
Lieu de la venteNEO Enchères

Fiche de résultat publiée par NEO Enchères à partir du procès-verbal de la vente du 10 juillet 2025.

Description réalisée par notre expert


D’ENTRECASTEAUX (Jean-Baptiste-Raymond-Joseph-Guillaume-Bruno de Bruny, marquis). Lettre autographe signée, adressée « à sa majesté très fidèle », monarque du Portugal, rédigée à Lisbonne le 24 aoust 1784. 7 pages.
Rare lettre du marquis d’Entrecasteaux alors en fuite à Lisbonne après l’assassinat de sa femme le 30 mai 1784. « L’affaire d’Entrecasteaux » eut un très grand retentissement au moment des faits en raison de sa position de président de la cour du parlement d’Aix. Jugé par contumance et condamné à mort, le Portugal refusa son extradition et il fut exécuté en effigie le 18 novembre 1784.
Il y raconte son histoire et supplie le monarque de le condamner à la peine de mort.

« C’est un coupable qui vient se jetter aux pieds de Votre Majesté ; il vient réclamer de votre justice une peine qui est devenue pour luy une grâce. Ce n’est qu’un tremblant qu’il élève sa voix gémissante ; son crime la rendrait même indigne ; si l’excès de ses remords peut mettre fin à toutes ces peines. Je suis ce même françois qui arrive dans vos états sous le nom supposé du chevalier de Barail, y a été arretté par vos ordres. Ce ne sera pas à Votre Majesté que je déguiserai rien ; c’est au contraire par une haute franchise que je vais tacher de mériter la Grace que je demande.
Je m’appelle Bruny D’Entrecasteaux, d’une famille noble de Provence né avec une âme honnête et faite pour la vertu ; Mais trop ardente. Je me suis rendu coupable d’un assissinat, entrainé par une passion violente, je puis peut etre y ajouter par un sentiment d’honnêteté très exact ; je me suis trouvé coupable lorsque je cherchais encore la vertu, je vais en rougissant faire à votre M. les aveux pénibles. Mes remords en augmenteront, ils vont envenimer la playe saignante de mon coeur. Ce sera, je l’avoue, une peine bien peu proportionnée à l’énormité de mon crime ; mais je ne me l’impose que pour pouvoir en obtenir une plus capable de l’expier.
Mes parents m’ont marié fort jeune ; car je l’ay été à 18 ans, c’était un de ces partis avantageux que les parents prennent toujours à la volée. Pourvu qu’il n’y ait pas d’obstacle une autre raison les déterminera à me marier si jeune ; c’était, disent ils, pour me mettre à l’abri des passions de mon age. Mais ils ne firent pas réflexion que les passions n’étaient pas encore développées ; c’était les enfermer avec moy dans les liens dont ils me chargeait plutôt que de me mettre à l’abri de leurs atteintes ; aussi plus resserrées, leur explosion fut plus violente, et l’effet plus funeste. L’instant arriva bientôt où devait naître la plus forte des passions dans un coeur dans un coeur de flame, et tout neuf ; elle y fit les progrès les plus terribles ; la personne qui me l’inspirait faite en tout pour la justifier ne put résister à la véhémence avec laquelle je peignis mes sentiments ; le feu qui me brûlait ne tarda pas de passer son âme. C’est ce qui a fait tous ses malheurs et les miens ; cette passion fortifiée par quatre ans d’habitude, était à son comble, quand elle transpira dans la famille de la personne qui en était l’objet. Cela la mit dans le cas de perdre l’espérance d’un bien être sur lequel elle avait du compter, et de plus elle se trouvait à la veille de perdre sa réputation par l’éclat qu’un tel commerce pouvait causer. Désespéré de l’état où elle était ; ne pouvant y porter remède, je voulais au moins le partager. Je luy proposai donc de m’enfuir avec elle ; ce qui m’était d’autant plus aisé, qu’étant près de l’âge où je pouvais disposer de mon bien, je trouverais une femme assez considérable pour nous faire vivre dans un coin de terre de terre, que nous choisirions pour asile ; Mais cette âme divine qui s’était perdue pour moy, ne voulait pas que je me perdisse pour elle. J’eus beau employer larmes et supplications, elle fut inflexible. Ses refus en me la faisant admirer d’avantage, me mirent au désespoir ; je n’eus plus devant les yeux que son malheur sans remède. Si j’avais été libre, il aurait été bientôt trouvé, et sa réputation réparée ; cette idée étouffa en moy, tout sentiment, pressé par la force de la passion, dans la cruelle nécessité de choisir entre l’honneur de celle que j’adorais, et la vie de celle qu’on m’avait donné pour compagne. Le désespoir s’empara de mon cœur, ma tête se troubla, et ma main devint coupable … ah ! … mes forces m’abandonnent à ce cruel souvenir qui m’accable et déchire mon âme. Il faut que j’ajoute que j’ay été seul coupable de ce crime atroce et que bien loin d’y avoir été conduit par celle pour qui seule je l’ay commis, son âme pure m’aurait détesté, si elle avait pu m’en croire coupable : voilà le crime que je dénonce à vôtre majesté dont je luy demande vengeance contre moy même ; qu’elle satisfasse la justice en me punissant, et je délivrerai sa clémence qui me délivrera des tourments affreux que le remord cause à mon âme. D’abord après mon crime commis, accablé dans son énormité, j’étais bien loin de prendre aucun parti, mais ma famille craignant qu’un supplice mérité n’augmenta l’ignominie dont je ne l’avais que trop couverte, m’a fait partir, j’ay fui, sans savoir où j’irais ramener les restes d’une vie trop coupable.
Mais dès que mon âme a pu retrouver sa force, elle l’a toute employée à se délivrer, et mes jours ne m’ont plus présenté qu’une image anticipée des tourments de l’enfer ; si quelque instant mon âme avait quelque relâche, ce n’était que pour sentir des tourments d’une autre espèce ; cette même passion qui bien loin d’avoir été éteinte par le crime que j’avais commis, semblait n’en avoir pris que de nouvelles forces, venait remplir les intervalles par le désespoir, dans cet état cruel, j’ay été tenté plusieurs fois de m’en délivrer en terminant mes jours. Mais vôtre Majesté le croirait-elle et qu’elle juge de la violence de mon délire, cet amour qui m’avait rendu criminel, qui redoublait encore mes tourments, m’empêcher seul d’y mettre aucun terme ; l’espoir de revoir un jour celle qui en est l’objet n’étouffait point mes remords ; mais m’en faisait supporter toute l’horreur ; c’est dans cette situation que je suis arrivé dans les états de s. m. j’ay perdu la seule espérance qui me soutenait ; Il ne me reste que mes remords et mon désespoir. C’est où la justice de france qui me réclame, où ma famille qui ayant assez de crédit pour obtenir une commutation de peine en prison perpétuelle me fait arrêter. L’une et l’autre perspective est insoutenable à mon âme ; dans la première ce n’est pas la mort que je redoute ; puisque je la réclame comme une grâce de vôtre majesté.
Mais cette ignominie qui m’attendait à mon arrivée dans ma patrie, qui accompagnerait tous mes pas, et abreuverait mes derniers instants de désespoir, voilà ce que mon âme ne pourra jamais soutenir. ah non. quoi qu’il arrive je ne reverrai jamais ma patrie. La seconde perspective est encore plus affreuse : que serait-ce en effet qu’une vie passée dans une prison avec la seule compagnie des remords, que le défaut de distraction rendrait encore plus affreuse ; sans que les tourments qu’elle me faisait endurer, pussent jamais expier mon crime aux yeux des hommes et de la justice ? La mort de quelques espèces qu’elle soit, et mille fois préférable. C’est dans ces circonstances que je me jette aux pieds de Votre Majesté, que je luy demande comme une grâce de subir dans cet état, une mort qui ne m’est que trop düe. Mon homme n’était pas faite pour le crime ; le délire l’a seule entraînée dans l’abîme où elle est tombée. Elle n’en n’est pas moins coupable, mais cependant elle est moins criminelle, si elle était indigne de pardon, elle peut du moins mériter quelque pitié. Que cette pitié engage Votre Majesté à m’épargner l’ignominie d’aller subir mon supplice dans ma patrie, en me le faisant subir en Portugal ; car avec les préjugés français même en payant à la justice, la peine qu’elle m’a imposée, je ne me délivrerai pas pour cela de l’ignominie attachée à mon souvenir ; quelque justice qu’il y a eut, qu’une fois le crime expié, il n’en restat plus de trace, le préjugé ne le rendrait que plus ineffaçable, par cela seul que je l’aurais expié, au lieu que j’ose espérer qu’en venant réclamer un supplice mérité, et venant m’y offrir moy même, je pourrai recouvrer l’honneur que mon crime m’a fait perdre, j’aurai assez des moments, la consolation de penser que mon nom ne sera plus en horreur, et dans mes adieux aux auteurs de mes jours, je pourrai leur dire : votre fils est encore digne de vous ; il a dissipé la honte donc il s’était couvert ; il a expié le crime dont il s’était rendu coupable ; il est devenu digne de vos regrets. Si j’avais le bonheur d’émouvoir s. m. et que sa clémence la portat à m’accorder ma demande, sa justice qui pèse tous les intérêts, ne devrait point craindre de blesser les droits des nations, en punissant dans cet état les sujets d’une autre monarchie, d’un crime commis dans cette même monarchie ; Mais j’espère démontrer à s. m. que sa justice même est intéressée à ma punition, ce n’est pas comme François que je suis coupable, ce n’est pas la nation françoise que j’ay offensé, c’est comme homme, c’est à l’humanité entière que je suis comptable de mon crime : partout où il sera connu, on peut, on doit même le punir par l’effusion de mon sang ; icy je viens déclarer à s. m. et luy livrer le coupable, j’en suis tout à la fois, l’accusateur, le témoin, et le criminel ; que manque-t-il si ce n’est la condamnation que je supplie s.m. de prononcer. Je veux avoir la plus grande confiance à une demande qui la met dans le cas d’allier justice et clémence d’une chose qu’il est souvent si difficile à un souverain de réconcilier. Si les tourments d’une âme qui se débat violemment contre un crime si éloigné de son essence peuvent mériter quelque pitié, alors c’est la clémence de Votre Majesté que j’implore, et à qui je demande la mort pour finir mes tourments, et me laver aux yeux de l’humanité de l’affront qui l’accable ; si au contraire je suis trop criminel pour mériter cette grâce, alors c’est la justice que je provoque, en luy dénonçant un coupable, et demandant son supplice : si s. m. eut eu une guerre à soutenir, je luy aurais demandé avant d’expier mon crime par un supplice mérité d’aller verser mon coupable sang à son service, pour que ma mort ne fut tout à fait inutile. Mais puisque S. M. a le bonheur de faire goûter à ses sujets les charmes d’une profonde paix, c’est au maintien de la justice qu’est dû tout mon sang. Si j’obtiens cette grâce, je luy devrai le retour de ma vertu, les souvenirs [?] de mon honneur, la fin de toutes mes peines ; si au contraire me trouvant trop criminel, elle craint que mon sang ne souille ses états, je n’ay plus d’espérance que dans mon désespoir. Dans l’un et l’autre cas, c’est en expirant que je cesserai de former des voeux pour la prospérité du règne de vôtre majesté. En attendant la décision qui doit finir mon sort, je suis avec espérance, crainte, et le plus profond respect de s. m. le t. h. et t. o. s. »

Expert :
Nicolas ASVISIO



Connaître la cote d’une lettre autographe signée de D’Entrecasteaux

Les lettres autographes signées de D’Entrecasteaux intéressent un public de collectionneurs attentifs aux grands épisodes de la fin du XVIIIe siècle. Leur attrait repose autant sur le nom du marquis que sur la densité historique du texte, et nous constatons une demande soutenue pour les pièces bien datées, complètes et clairement attribuées. Pour suivre le cours et résultats de D’Entrecasteaux, un examen précis de l’état, de la lisibilité et du contenu reste déterminant.

Dans ce domaine, la valeur d’une pièce comparable dépend fortement de la présence de la signature, du lieu d’écriture, de la date et du nombre de pages. Si vous possédez une lettre autographe ou un manuscrit de même nature, nous pouvons en étudier l’intérêt en vue d’une prochaine vente ; il suffit de nous écrire via notre formulaire d’expertise. Nous accompagnons régulièrement des successions et des collections privées autour des manuscrits historiques et de leurs résultats en vente.