MISTRAL (Frédéric). Lettre autographe signée, rédigée à Maillane le 3 août 1861.
Superbe lettre rédigée à l’occasion de l’obtention du prix Montyon de l’Académie française pour Mirèio.
« Je suis profondément touché de la lettre affectueuse et vraiment maternelle dans laquelle vous avez bien voulu m’annoncer la flatteuse décision de l’Académie à mon égard. Je connaissais depuis quelques jours cette heureuse nouvelle par l’intermédiaire d’un ami qui la tenait lui-même de monsieur Legouvé. N’osant remercier dès à présent les maîtres illustres qui viennent de s’occuper de moi, je vous prie, Madame, de transmettre à M. Ampère l’expression bien émue de ma reconnaissance. L’Académie, en ne dédaignant pas de couronner la langue du Midi, manifeste l’impartialité de sa justice et la hauteur de son sacerdoce littéraire. Ne sommes nous pas, nous aussi, les enfants de la France ? et parce que la cigale ne chante que l’été et seulement sur les côteaux brûlés de notre cher midi, faut-il que les hommes du Nord nient le champ de la Cigale ? Pauvrette ! Elle est l’enfant du sol, et ne fait de mal à personne.
Sincèrement, madame, ce qui réhausse encore le bonheur qui me vient de cette récompense académique c’est la grande peur que vous prenez à ma joie, vous et madame votre fille. Vous aimez la Provence, parce que vos ancêtres y ont vaillamment lutté et vaillamment souffert pour leur foi et pour leur langue. Et nous vous aimons, mesdames, parce que vous nous représentez cette généreuse race de vaudois provençaux avec la liberté desquels tomba la nationalité et la littérature du Midi.
Merci de ce que vous me dites de mon ami Garcin je ferai votre commission à Roumanille.
Je vous prie d’agréer, madame, l’assurance de ma plus gratitude et mes plus cordiales salutations. »
Expert :
Nicolas ASVISIO



