LIPCHITZ (Jacques). Lettre autographe signée, datée du 3 avril 1960. 2 pages.
« Merci de votre bonne lettre et des photos que vous avez eu la bonté de m’envoyer. j’aurais voulu en réponse vous dire tellement de choses, que je ne sais vraiment pas par où commencer. Dans ma lettre précédente, j’ai surtout voulu vous dire que je ne prendrai dorénavant pas part un jury si je ne peux être présent pour défendre mon opinion et je vous ai donné mes raisons. Ces raisons ne sont pas des blâmes pour la décision du jury, c’est tout simplement un autre son de cloche. Pas plus que je ne songerais à considérer comme blâme leur évident désaccord avec moi.
Par ailleurs ce n’est pas parce que les académiciens admirent Michel-Ange ou Rembrandt que je dois forcément me mettre à détester ces maîtres. Les choses ont pour moi une valeur en soi et c’est la seule chose qui me guide. Monsieur Bonnat était un peintre détestable (quoi que je connais de lui des pochades admirables) mais c’était un connaisseur de grande classe, le musée de Bayonne en est la preuve. Ne pas compter à priori avec son opinion parce qu’il était pompier dans sa peinture, serait une faute impardonnable.
Pour ce qui est de Haber, je n’étais pas contre sa sculpture du tout, je demandais seulement à la voir. De la photographie que vous avez eu la gentillesse de m’envoyer dans le temps je pouvais seulement dire que ça peut-être un jour de la sculpture, mais que je demande à voir avant de me prononcer. De photos que vous m’envoyez à présent, je peux dire d’avantage c.a.d. qu’il est peut être un bon tailleur de pierre mais encore bien loin d’être un sculpteur. Quant à Madame Deminghoff, je continue à affirmer que cela n’a rien à faire avec de la sculpture. Même si elle était l’élève d’un tel ou l’assistante d’un tel autre bon sculpteur. Bourdelle avait des foules d’élèves, sont-ils tous des bons sculpteurs pour ça ?!
J’imagine bien les difficultés de Madame Bourdelle et la trouve bien courageuse, mais alors le jury n’est peut-être pas bien choisi pour perpétuer les idées d’Antoine Bourdelle et on devrait voir ailleurs, ça je ne le sais pas. La seule chose que je me permets de lui signaler, c’est que étant donné que les résolutions de son jury aide à orienter la sculpture à venir d’un côté ou d’un autre, sa responsabilité devient énorme.
Je m’arrête là aujourd’hui en vous souhaitant du succès pour vos manifestations à venir. J’étais souffrant toute cette semaine passée et je n’ai plus encore aller voir l’exposition de sculptures et dessins de Bourdelle, chose que je me ferai le plaisir de faire cette semaine.
Avec mes hommages respectueux pour Madame Bourdelle, veuillez croire, Cher Monsieur, aux sentiments les meilleurs de votre dévoué »
Expert :
Nicolas ASVISIO



