[MARINE] TRUGUET (Laurent-Jean-François). Lettre autographe signée adressée à « Leclerck », datée du 24 floreal an 9 [14 mai 1801]. 3 pages.
Précieuse lettre rédigée pendant la campagne d’Égypte.
« Mme Leclerck me prévient dans le moment mon cher voisin qu’il part un courrier qui doit vous joindre, et elle me fait demander si j’ai quelque chose à vous faire savoir. Je vais rassurer votre inquiétude et votre curiosité en vous assurant que les choses sont à très peu de choses près dans le même état où elles étaient à votre départ. Même incertitude sur l’expédition des Anglais en Égypte même détails respectés officiellement ; et rien de positif absolument depuis la bataille auprès d’Alexandrie le 30 ventose. On ne sait encore rien de la marche vraye ou imaginaire du grand vizir, rien de l’envoy des trouppes en Inde […]. Le silence de Constantinople à ces égards est très rassurant. Nous vivons donc encore de crainte et d’espérance. Nous avons des journaux de Londres du 19 et du 20 Floréal. Ils annoncent seulement un courrier venu avec rapidité sur un paquebot et si pressé que le paquebot n’a pas attendu à Cuxhaven sa malle. Rien n’a transpiré encore (disent les journaux) depuis 24 heures ce qui est (ajouttent les journaux de l’opposition) d’un mauvais augure. On croyait que le courrier si pressé venait de Berlin. Le Nord paraît vouloir cesser ses […] avec l’Angleterre et dehors tous ont les yeux sur la république française. Nous attendons sous peu l’annonce de l’arrivée du roi de Toscane à Bordeaux. Il descendra à Paris dans l’hôtel de Praslin qu’on a préparé pour lui au bout du pont cy devant royal et non chez Azarra.
Le 1er consul a relu des nouvelles de Gantheaume qui était e 10 Floréal sur l’Isle d’Elbe protégeant le passage des troupes française sur cette isle et se disposant à se rendre par l’Égypte ayant reçu l’ordre de débarquer non à Alexandrie mais sur un point plus éloigné dans l’Ouest de la Cote. Puisse-t-il quoique tard être plus heureux qu’il ne l’a été jusqu’à présent !
Vos finances ne vont point mal puisque personne n’en parle, et sans doute elles se ressentent de la riche impulsion que vous leur avez donné avant votre départ. Elles attendent sûrement pour n’avoir plus rien à désirer dans leurs cours [?] de prospérité que le succès de votre mission. Voilà mon cher Declerck tout ce que je puis vous marquer. Si je ne vous donne aucune nouvelle, je ne vous en donne du moins aucune de mauvaise. Voyagez avec tranquillité, tachez que ce soit avec fruit et revenez nous le plus tôt que vous pouvez. Votre femme et vos enfants se portent à merveille. Recevez les assurances de mes sincères amitiés. »
Expert :
Nicolas ASVISIO



