[MARINE] TOURVILLE (Anne Hilarion de Costentin, comte de). Lettre autographe signée adressée à [Jean-Baptiste Antoine Colbert, dit Seignelay, fils de Jean-Baptiste Colbert]
Précieuse lettre sur l’enseignement des officiers et la construction des vaisseaux, faisant notamment référence à Blaise Pangalo dit Maistre Blaise, l’un des plus célèbres maître charpentier et maître constructeur des navires de Louis XIV. 5 pages et demi.
« Monseigneur
J’ay reçu la lettre m’avez faict l’honneur de m’escrire du 11 décembre, je vous ay mandé que j’avais commencé à interroger les officiers de la Marine en présence de Mr de Vauvré, il est constant que la plupart respondent fort bien aux questions qu’on leur faict, il leur manque de la pratique pour prendre les hauteurs avec la balestrile [?] ou le cartier anglais, il est nécessaire d’obliger tous les officiers et les gardes de marine d’embarquer avec eux les instrumens nécessaires pour la mer et leur faire escrire leur journal comme il a este ordonné il faut que les capitaines avec lesquels ils seront embarqués leur en fasse rendre comte tous les mois et que le capitaine fasse aussi le sien afin qu’il voye si le journal des officiers se rapporte avec celuy qu’il aura faict. Depuis que vous avez envoyé les ordre d’exempter ceux qui se trouveraient habiles ils ont plus estudié depuis ce temsp là qu’ils n’avaient faict depuis qu’ils sont dans la Marine, il y en a beaucoup qui en pourraient estre exempts mais j’ay cru les devoir lesser encore un mois à l’escole afin qu’ils se fortifient généralement sur tout ce qui regarde la navigation, chacun estudira pendant ce mois avec aplication. Il est nécessaire de faire savoir à tous les officiers qui sont capables que quoy qu’on les exempte del’escole ils seront cependant interrogés dans les trois mois afin de voir s’ils ne négligent point ce qu’ils ont appris.
Lorsque je vous ay proposé le navire de cinquante pieds c’est afin que les gardes de marine puissent lever les voiles avec plus de facilité que dans un plus grand et les accoutumer par ce moyen à faire la manoeuvre. Je ne voy rien de plus la dépance n’en sera pas si grande puisque un navire de cinquante pieds six hommes le naviguent, je prendray aussi la liberté de vous dire qu’il n’y a rien de si utile lorsqu’on veut faire bastir un grand navire d’en faire un modèle de quinze à vingt pieds afin de voir la tonture du navire et corriger ce qu’on y trouvera de mal, la dépanse d’un grand navire est assez considérable pour qu’on ne s’épargne pas une dépanse d’un modèle de vingt pieds qui ne coutera pas au roy vingt pistoles Si je n’en voyais l’ustilité je ne vous le proposerais pas car […] a bien dépansé quatre cent mille […]
Je fais travailler incessament aux pompes et aux esperons que l’on vous envoyra au premier jour il sera bon de bastir deux vaisseaux comme le Prudant du troisième rang du second ordre et un du troisième rang de premier ordre afin d’estre préparé au cas que l’on aye quelque guerre contre les corsaires, Si vous avez cinq navire comme ceux là, il n’y a poinct de navire à la mer que l’on […]. l’oeuvre morte de celuy que l’on a faict n’est pas belle et cella vient qu’on en a pas faict de modèle en petit pour voir la tonture des ceintes les petits modèles en carton ne suffisent pas il en faut faire de vingt pieds, lorsque je vous ay proposé maistre Blaise pour venir en Provance c’est à cause que je luy cognois du génie et qui veroit beaucoup mieux qu’un autre la différence des fonds de navire du Levant à ceux du Ponant J’y vois une grande différence il faut accomoder les fonds du Levant avevc les oeuvres mortes qu’on faict en ponant et vous verriez de beaux et de bons navires, Je vous enverrai le premier ordinaire mon sentimant sur la liste que vous me demandez des officiers de la marine Je vous en parleray en mon honneur et en ma confiance Je vous supplie monseigneur de ne mettre point ceste liste entre les mains de vos comis et de la brusler vous en voyez la conséquence Je mettray à la marge du nom de l’officier mon sentimant Ayez la bonté de brusler la lettre que je me donne l’honneur de vous escrire Je demeureray à Toulon et n’en partiray point que pour quelque affaire pressante qui me regarda et en ce cas je ne manquerais pas de vous le faire scavoir, je suis occupé à Toulon depuis le matin jusques au soir.
Je suis avec beaucoup de respect
Monseigneur vostre très humble et très obéissant serviteur »
Expert :
Nicolas ASVISIO



