MIRBEAU (Octave). Ensemble de 3 lettres autographes signées :
– adressée à Lucien Descaves, enveloppe conservée.
« Mon cher Descaves,
Malgré son ton vif, votre lettre me ravit. Vous votez pour Renard. Alors tout va bien.
Maintenant laissez moi vous dire que :
1° que Geffroy ne m’avait dit cela que très vaguement et comme une impression à lui.
2° qu’on m’avait dit et redit que c’était vous qui aviez […] la candidature Céard.
3° que je n’ai point été aussi catégorique que le reporter du Gil Blas à qui j’ai dit : “Peut-être suis-je le seul, mais je […] que non.” D’ailleurs ce M. Tozel a beaucoup affinné [?] certaines choses, enflé beaucoup d’autres ; et je ne puis mettre ma signature au bas de son article.
Mais l’important est que vous votiez pour Renard. L’académie se partageant entre Céard et Marguerite, […] un homme comme Renard, cela me semblait une chose monstrueuse.
Si vous ne changez pas plus que moi d’opinion sur Renard, je pense qu’on finira bien par l’avoir. Et c’est ce qu’il faut. A vous.»
– adressée à Alphonse Daudet, après la publication de Port-Tarascon, en 1890.
« Mon cher maître,
Je vous remercie de m’avoir envoyé votre Port-Tarascon. Votre dédicace est incomplète, car vous auriez pu ajouter aussi : au pleurant. Le rire si gai, si plein de grâce (ironie charmante) montre de vraies larmes. […]
Comme votre livre fourmille de choses admirables, mon cher maître, […]. Lorsque vous montrez Tartarin songeant à Napoléon, Napoléon à Thémistocle, toute l’humanité […] et marchant toujours dans les pas de quelqu’un. […]
Ce qui me plais infiniment dans votre Tartarin, c’est qu’il est, avant tout, un personnage humain, et non point seulement méridional. Il a tous nos enthousiasmes, […]. Je regrette qu’il soit mort mais je ne pouvais rien pour lui, […].
Je vous serre bien affectueusement la main, et je voudrais savoir que vous êtes heureux et que vos souffrances vous laissent un peu de répit. »
– adressée à Paul Hervieu. Enveloppe conservée.
« Mon bien cher Hervieu,
Enfin ! Je vous croyais malade ; cela était devenu une obsession, au point que j’ai écrit à Geffroy pour me dire la vérité : toute la vérité sur votre maladie. Heureusement que tout cela n’était que dans mon imagination.
Depuis l’article je reçois de Bourges protestations d’amitié sur protestations et jamais je ne me douterai combien il m’a aimé, combien il m’aime, combien il m’aimera, malgré le coup de couteau que je lui ai donné. “Oh ! Revenez moi m’écrit-il. Et tout cela vous l’avez deviné, à cause du disciple ! C’est une bien belle âme.
Je serai à Paris le 31 mai. Comme il est impossible de se loger à Paris, à moins d’avoir cent mille francs par mois, nous avons pris le parti d’aller habiter une petite cabane à Levallois-Perret.
J’ai hâte de voir les fontaines lumineuses en votre compagnie, mon cher Hervieu. Ce doit être beau, en effet. Et quelle sensation de vivre en mourant, et de mourir en vivant !
Nous n’avons pas les fontaines lumineuses. Mais nous avons les lucioles.Et c’est un spectacle aussi qui vaut son prix. […]
Nous reviendrons, plus riches de chute que jamais. Nous en avons un surtout, noir, avec un gilet décolleté très blanc, et de petits gants blancs, qui est véritablement divin.
[…]
Dans ce petit conte, je vous embrasse, mon cher ami. Et au 31 mai, n’est-ce-pas ? »
(quelques coulures et effacements d’encre)
Expert :
Nicolas ASVISIO



