MORAND (Paul). Ensemble de 2 lettres, 2 billets et un brouillon autographes signés.
– Le 18 janvier 1917 sur papier à en-tête du Cabinet du ministre des Affaires étrangères.
« Vous avez bien voulu me prier de vous faire savoir à l’occasion mon changement d’adresse. Je vais à Londres demain, mais pour peu de temps.
Si vous désirez m’envoyer les épreuves de Clarisse, voudriez-vous les adresser ici au cabinet de M. Berthelot ; on me les fera suivre par la valise du soir et je pourrai vous les renvoyer corrigées.
Je voudrais publier bientôt en volume 3 nouvelles dont Clarisse est la première ; aussi prends-je la liberté de la recommander à votre bon souvenir.
Veuillez agréer, Monsieur, les assurances de ma considération la plus distinguée. »
– Marbella, 4. II. 61., [adressée à Pierre Belperron ?]
« Enlevez vos galoches, mettez-vous pieds nus, à la rigueur en sandales et venez vous chauffer à nos 25°, dix ou quinze jours. Toute autre attitude sera inamicale.
Je ne pourrai m’attaquer à Londres avant septembre. Trouvé personne en Angleterre pour me défricher le terrain. Suis dans Halsburg, où Laffont attend que j’inaugure une collection Familles Royales.
Je rentre à Tanger. Dans un an, le Maroc sera communiste et le roi parti, disent les européens. »
– Hôtel Z…, Comté de…, Irlande, 10. VIII. 56.
« Lorsque je me faisais du souci pour le bien public, j’ai souvent rêvé d’un guide noir où seraient rejetées dans l’ombre les impostures hôtelières, les mensonges touristiques, et dénoncées toutes les entreprises des casse-pieds de la route, avec contre-astérisques. Aujourd’hui je pense qu’il faut laisser chacun faire les mauvaises expériences des grands chemins, ne pas fermer l’œil dans la chambre à cretonnes des Relays, aller admirer les faux des musées, et boire le vin d’Algérie baptisé Pommard sur telle route nationale. Car il n’y aurait pas de raison de s’arrêter ; il faudrait dénoncer aussi les sandwiches racornis des thés de la duchesse et les week-ends ou le maître de maison vous lira ses vers. Peut-être estimerez-vous qu’Arts se doit de passer à l’action et de brûler au nom de l’art tous ces bâtiments que le bon Derain nommés des hostelleries pour hostomobiles ? Ici, je suis votre homme. Mais à quoi bon s’attaquer au faux itinérant, alors qu’il est partout, impossible à fuir ? Je garde pour moi les bonnes adresses et vous conseille d’imiter les premiers navigateurs portugais : chaque fois que vous découvrirez un eldorado, ne le dites à personne, brûlez cartes et portulans. »
Expert :
Nicolas ASVISIO



